Madeline

"Bien entendu nous ne pouvons pas la mettre dans une maison de retraite". Enfin…  moi je pourrais, mais mon compagnon ne veut pas – c’est pourquoi ma belle-mère emménagera avec nous le mois prochain. "C’est la bonne chose à faire". J’entends prononcer ces mots, je tremble et personne ne s’en rend compte.

Pour tout le monde, elle est le charme même, mais à huis clos, c’est une garce. Je peux supporter à peu près les remarques sarcastiques pendant une visite, mais comment vais-je faire quand elle sera avec nous à plein temps? Je n’ai pas de parents. Je n’ai plus de père et ma mère est morte. Je me suis libérée de ce poids, je ne veux plus de ça.

Dès qu’elle arrive, elle cherche quelque chose à critiquer – j’ai cuisiné son plat préféré et elle a seulement remarqué les assiettes froides. Deux mois après la naissance du bébé, elle a regardé mon ventre et m’a demandé combien de kilos il me restait à perdre, "c’est important que ton mari te trouve désirable, fais attention, il va aller voir ailleurs". Je ne dis rien. Qu’est-ce que je pourrais lui dire.

Les pensées meurtrières aident un peu, mais elles ne parviennent pas à me réconforter après une semaine passée avec elle. Si je me défends, elle s’emporte – c’est une femme à l’ancienne qui n’aime pas la contradiction. Mon compagnon n’ose pas lui tenir tête. Sa stratégie consiste à passer des heures dans le jardin, me forçant à faire la conversation en son absence.

Quand elle emménagera, mes jours seront comptés. Je sais que mon couple ne va pas survivre et que je ne pourrai pas rester. Je ne veux pas partir. Je veux qu’elle meure, qu’elle meure vite, qu’elle meure maintenant.

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les 10 règles d’écriture

Vous connaissez assurément Elmore Leonard.

E. Leonard par Joe Ciardiello

E. Leonard par Joe Ciardiello

Et vous connaissez peut-être ses 10 Rules of Writing. L’auteur s’amuse à proposer dix règles d’écriture, dix pièges dans lesquels ne pas tomber sous peine de perdre son lecteur en route. C’est bien. Lisez-les.

10 rules

En ce moment, je tâtonne, je cherche, je tombe dans tous les pièges du débutant et j’accumule les clichés. Alors je prends du recul, je vais voir ailleurs si j’y suis et je lis beaucoup. Surtout des auteurs que j’aime, des essais, des textes pour me débarrasser de mes tics et comprendre comment écrire. Je n’ai pas encore trouvé mes règles d’écriture. Mais peu importe, je continue, je découvre et j’apprends.

Et vous, avez vous trouvé votre voie/voix?

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attraper le vent

Il aura suffit d’une lettre pour que son monde change. Une lettre manuscrite envoyée à son agent. Une feuille recto-verso, une écriture enfantine, des "j" comme des barres, des "s" qui se détachaient des mots comme s’ils ne voulaient pas s’associer, comme si un mot était unique et ne supportait pas le nombre. Elle avait raison, ses "s" montraient combien le pluriel était difficile à appréhender. Il lisait sa lettre et il souriait. Son écriture la révélait. Son choix des mots, ses phrases légères qui ne prenaient pas la gorge quand on les lisait à voix haute. Il ne la connaissait pas encore, il était déjà intrigué.

Elle avait laissé une adresse. Pas d’e-mail, pas de téléphone. C’était parfait. Lui écrivain, il aimait les échanges épistolaires. Il allait prendre son temps pour lui répondre. Il voulait sa lettre aussi parfaite que la sienne. Parce que cette lettre serait le début de leur histoire. En lui écrivant il attrapera le vent.

réflexion légère sur l’écriture… et un livre

BLOG

Je lis parfois sur wordpress les "prompt" qui donnent aux blogueurs/wannabe écrivains des pistes d’écriture et des idées pour écrire plus et mieux. Il y a quelque jours le prompt était d’écrire sur quelqu’un de son entourage à la 1ere personne. Et d’inclure le maximum de détails physiques, psychologiques, etc.

Se mettre dans la peau de quelqu’un que l’on connait, ça me plaît. Il suffit d’un peu d’empathie et le sens de l’observation. Mais après avoir passé en revue plein de personnes, je n’ose pas citer les noms, je n’ai pas réussi l’exercice. Je n’ai pas su le faire malgré la matière.

Ecrire en s’inspirant des autres, de leur vie, de leur pensées ou de soi-même, apporter quelque chose de personnel dans une histoire fictionnelle est facile. Ecrire en étant quelqu’un d’autre qui existe, en disant "je", c’est prendre le risque d’être subjective, maladroite et peut-être injuste. Parce qu’écrire en étant un autre c’est aussi écrire sur ce qui ne va pas. Sur les travers que l’autre souhaite cacher et qui se dévoilent malgré soi. Ecrire en étant un autre, c’est laisser libre cours au coté plus obscur.

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le temps qui reste

J’ai vu une femme la semaine dernière qui est assez typique de mes clientes de fin de journée. Elle avait certainement fait les cent pas devant ma porte, peut-être fait le tour du pâté de maison plusieurs fois avant de trouver le courage d’entrer.

Elle avait perdu son mari il y a deux ans et m’a avoué qu’elle se sentait pire que jamais. Elle ne croyait pas en l’au-delà et je n’ai pas tenté de la convaincre du contraire.

Comme de nombreux clients, elle me payait pour la faire se sentir mieux pendant quelques minutes. Elle m’a demandé si son mari était heureux et si elle lui manquait. Je l’ai regardé emmitouflée dans son manteau, épuisée, et j’ai voulu lui dire qu’elle le reverrait bientôt, et qu’elle devait  profiter du peu de temps qui lui restait.

Quand elle était entrée j’avais éprouvé un sentiment soudain de lourdeur. Je ressentais très fortement que quelque chose de mauvais allait lui arriver. Il y a des années, quand j’ai commencé, je voulais essayer de donner un avertissement voilé sans trop alarmer, mais c’était pénible pour les gens, bien sûr. Maintenant, même si je voyais la maladie ou le malheur, je me taisais. J’ai accepté que ce n’était pas mon rôle. J’étais là pour réconforter.

Alors je lui ai suggéré de joindre un club de randonnées, lui ai dit qu’il voulait la voir sourire à nouveau, et que la bague qu’elle avait perdue était dans le jardin, sous le rosier.

Jacques

Je ne suis plus tout jeune. Je suis malade. Des années d’abus ont eu raison de mon corps. Des années à m’amuser, boire et faire la fête. Des années à trouver le plaisir au fond d’une bouteille. Mais peu m’importe. Rien ne m’importe vraiment. Comme rien ne m’a importé, jamais.

Je ne suis plus tout jeune. Je suis fatigué. J’ai quelques regrets. Je me suis marié, j’ai divorcé. J’ai eu une fille que je n’ai pas élevée. Un enfant, c’était trop de responsabilités que je n’ai pas voulu assumer. Une fille, née de l’espérance de sa mère et de mon ennui… Les gosses, c’est pas pour moi. Qu’est ce que j’aurais pu faire d’une fille? Comment m’en occuper? Et l’aimer? Je ne sais pas ce qu’elle est devenue. Elle a quel âge maintenant? 39, 40 ans? Bon sang que le temps passe vite!

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une simple histoire d’A

Elle avait d’abord entendu sa voix. Un accent, une façon de rouler les "r", un rire aigu presque féminin. Elle avait vu ses yeux gris, ses petites rides,  son teint pâle, son sourire. Il lui a dit des jours plus tard qu’il avait hésité à sourire parce qu’il avait l’air bête quand il était content.

Comment tombe t-on amoureux? La chance? Une coïncidence heureuse? Lui n’y croyait pas, il lui disait que le hasard c’était Dieu qui se promenait incognito. Elle pensait plus simplement qu’elle avait eu la chance incroyable d’être allée dans cet endroit paumé en même temps que lui. Ils avaient passé ces quelques jours à jouer les touristes ensemble et faire connaissance.

Puis chacun était rentré chez soi, en se promettant de rester en contact. Quelques jours après, elle avait reçu une lettre de lui: "10 raisons pour lesquelles je t’aime déjà beaucoup". Il y en avait 11.

Ils parleraient longtemps de leur rencontre comme d’un petit miracle. Une rencontre devenue une simple histoire d’amour. La certitude d’aimer et d’être aimée. Et c’est cette certitude qui la rendait heureuse encore aujourd’hui.

ce que je pense vraiment

cesarJe n’ai pas regardé la cérmonie à la télé l’autre soir. Regarder la grande famille s’auto-congratuler n’avait aucun sens. Trop de visages connus, mes vieux amis du show-biz. Ceux avec qui j’ai galéré, répété un rôle ou joué. Ceux avec qui j’ai passé plus d’une nuit blanche à rêver, à boire ou faire le con.

Je ne vais plus au cinéma; je n’ai pas envie de les voir sur grand écran et je ne veux plus regarder les émissions où ils parleront d’eux et de leur dernier film. Jouer avec Jean, Guillaume ou Marion était formidable, le sujet était fort, le parti-pris risqué et combien être acteur c’est se mettre en danger. Parfois même il faut accepter de baisser son cachet pour que le film voit le jour, mais la sortie dans les salles vaut tous les sacrifices, comme par exemple être loin de sa famille.

Sacrifices, se mettre en danger… Essaie d’être à la maison 24 heures sur 24, sept jours par semaine, à attendre un coup de film de ton agent pendant trois longues années – alors, tu pourras te plaindre. Je pense souvent à tout abandonner, à quoi bon. J’ai passé l’âge de rêver. Lire la suite

ce que tu penses vraiment

Nous sommes amies depuis longtemps et tu sais que j’ai choisi de rester sans enfants non pas parce que je ne les aime pas, mais parce que je ne veux pas devenir mère. Je ne pense pas qu’il y a une place pour eux dans ma vie, quelque chose dont nous avons parlé auparavant.

Je me soucie de ta vie et je suis heureuse que tu sois épanouie en tant que mère. Mais je ne sais jamais quoi répondre quand tu me dis que je suis chanceuse d’avoir le temps d’aller à la gym, de faire des week-ends spontanés et d’avoir deux chambres d’amis. Je tiens à te rappeler que tu as décidé de "sacrifier" tout cela à la parentalité et il y a  seulement deux minutes tu me disais que tu n’as jamais été aussi heureuse. Je ne suis pas chanceuse. Nous avons toutes deux fait un choix; nous voulons juste des choses différentes de la vie. Et mon choix n’est ni plus, ni moins égoïste que le tien. Je ne fais pas partie des mères mais je suis une femme comme toi.

J’aimerais cependant que tu sois honnête avec moi. Je sais ce que tu penses vraiment et que tu ne diras jamais. Je l’ai entendu malgré tout quand je t’ai montré l’espace que j’ai aménagé en bureau. "Tu pourras toujours le changer en salle de jeu si tu changes d’avis".

Tu penses que mon choix de vie est moins sincère, moins respectable, moins durable, moins satisfaisant que le tien – et c’est ce qui me blesse.