un récit édifiant?

On l’a trouvé ultra-moderniste, on a jugé son roman oubliable et surfait. Quand son troisième roman est publié en Avril 1925, un critique littéraire a écrit: "le garçon est un simple bricoleur. Il considère sans doute cela comme une diversion … Mais pourquoi il devrait être appelé un auteur, ou pourquoi l’un de nous devrait le considérer comme tel n’a jamais été expliqué de façon satisfaisante."

À la dernière minute,  l’auteur avait demandé à son éditeur s’il pouvait changer le titre du roman pour le nommer : Under the Red, White and Blue, mais il était trop tard. Le roman de F Scott Fitzgerald sur l’Amérique à l’âge du jazz s’appellera donc Gatsby le magnifique.

Près de 90 ans plus tard, Gatsby est régulièrement classé parmi les plus grands romans jamais écrits en anglais, et se vend annuellement à des millions d’exemplaires dans le monde. The Great Gatsby est devenu the great American novel. Ce petit roman de moins de 50.000 mots est une histoire de visions secrètes et de voyances révélées, de violence soudaine et d’envie constante, qui miroite avec la magie. Gatsby a été minutieusement inspecté et analysé, soulevé et secoué pour mettre à jour chaque détail qui fascine les lecteurs.

Oui, il est bien. Oui c’est un classique. Oui il reste encore d’actualité. Mais.

Comment mesure t’on l’importance d’un livre? Est ce par son influence sur les écrivains ultérieurs, ou par son impact en tant que premier roman? Par son nombre de copies? Si c’est pour être jugé par son unicité, alors The Great Gatsby est inattaquable. Personne n’a même essayé de le suivre. Encore que Gatsby n’est même pas le meilleur travail de Fitzgerald; comme disait David Mamet, la vie ne se limite certainement pas à essayer de prendre un verre avec Daisy. Allez plutôt lire Tendre est la nuit.

Gatsby est l’un des grands livres du 20ème siècle, mais on ne peut pas donner à un seul roman la distinction de grand roman américain, car à différents points dans le temps cette appelation pourraient être appliquée à de nombreux livres, dont RagtimeNe tirez pas sur l’oiseau moqueur, Un garçon près de la rivière, Les Aventures de Huckleberry Finn, L’Attrape coeur, Les raisins de la colère, Un rêve américain, Le maître du haut château, Panique, Le Bouc Hémisphère, Une prière pour Owen.  Tous racontent l’Amérique. Leur Amérique.

Et vous quels romans américains font partie de vos classiques?

novels

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the yellow birds

Aucune originalité dans ce choix de livre. Tout le monde en parle, tout le monde en dit du bien. Et tout le bien qui en est dit est justifié.

yellow birds

Nous n’étions pas destinés à survivre. En vérité, nous n’avions pas de destin. La guerre prendrait ce qu’elle pourrait. Elle était patiente. Elle n’avait que faire des objectifs, des frontières. Elle se fichait de savoir si vous étiez aimé ou non. La guerre s’introduisit dans mes rêves cet été-là, et me révéla son seul et unique but : continuer, tout simplement continuer. Et je savais qu’elle irait jusqu’au bout.

Le soldat à prononcer ces paroles est John Bartle, un jeune engagé volontaire dans l’armée américaine d’occupation en Irak. Tout comme l’auteur Kevin Powers.

L’histoire: Barde, 21 ans, est soldat en Irak, à Al Tafar. Depuis l’entraînement, lui et Murph, 18 ans, sont inséparables. Barde a fait la promesse de le ramener vivant au pays. Une promesse qu’il ne pourra pas tenir… Murphy mourra sous ses yeux et hantera ses rêves de soldat et, plus tard, de vétéran.
Yellow birds nous plonge au coeur des batailles où se déroule la vie du régiment conduit par le sergent Sterling. On découvre alors les dangers auxquels les soldats sont exposés quotidiennement. Et le retour impossible à la vie civile.

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levels of life

barnes

Le chagrin, dit-on, est le prix que vous payez pour l’intimité du bonheur. Le seul moyen d’éviter la douleur –  parfois tellement envahissante qu’on souhaite s’exclure entièrement de la vie – est d’éviter l’amour. Alors ne tombez jamais amoureux! Même si cela exige une perte encore plus grande.

Dans son nouveau livre, Levels of Life, Julian Barnes écrit sur son deuil et son chagrin mais aussi sur sa colère envers les proches qui n’ont pas le bon comportement face à la perte, qui agissent comme si son épouse n’avait jamais existé. Il écrit qu’il continue à avoir des conversations avec elle.

Il a envisagé le suicide – un bain chaud, un verre de vin et un couteau bien aiguisé. Mais surtout, il lui manque ce que les deux ont créé entre eux, la tapisserie d’une vie qui ne peut jamais être reproduite, "La perte de vocabulaire commun, tropes, taquineries, raccourcis … notes amoureuses … toutes ces références obscures riches en mémoire, mais sans valeur si expliquées à un étranger…"

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Oculis magis habenda fides, quam auribus

Le problème avec le mensonge c’est qu’il ne peut jamais être vraiment fabriqué.  C’est la scène trop familière de l’adolescence, quand vos parents vous demandaient où vous étiez et vous marquiez une pause – une seconde de trop – parce que vous cherchiez une réponse. C’est pourquoi les piqûres de vérité font souffrir.  Quand les gens vous mentent, ils vous donnent cette seconde pour se préparer mais la vérité, elle, est automatique. Elle fait plus mal parce que vous n’avez pas le temps d’anticiper la phrase à venir et les émotions viennent d’un endroit plus profond, plus fragile.

Le dernier homme politique surpris à mentir (celui dont on parle tant en ce moment) dit sur son blog: Penser que je pourrais éviter d’affronter un passé que je voulais considérer comme révolu était une faute inqualifiable. J’affronterai désormais cette réalité en toute transparence.

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horas non numero nisi serenas

Pâques célèbre le retour remarquable à la vie. Ce qui est formidable si on croit à tout ça. Pour ma part c’est un week end moins spectaculaire, pas de cierges, pas de chocolat et pas de miracle. C’est un week end tranquille avec une jolie balade du coté de St-Jean-Pied-de-Port et le vernissage de la galerie fabrikagarazi.

Donc le Carême est terminé et l’innocence est retrouvée. Et je me suis demandé quels autres personnages, à part Jésus-Christ, avaient été ramenés à la vie dans la littérature.

Forcé par sa fan numéro 1, Annie Wilkes, Paul Sheldon ressuscite Misery Chastain. Droguée, elle se réveillera quand elle est enterrée.

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sur la solitude … et des livres

The derelict house- L.S Lowry

C’est quand il est tombé malade qu’il s’est rendu compte combien il était seul. Plusieurs jours sans visiteurs, personne pour se soucier de lui, passer à l’improviste pour lui apporter une soupe ou voir s’il avait besoin de quelque chose. Il a compris ce jour là que la proximité physique avec ceux qu’il aimait ne changeait rien. Il était seul.  Comme c’était agaçant de demander de l’aide ou de l’attention! Et humiliant. Il ne voulait plus demander. Il croyait que si on aimait quelqu’un on n’attendait pas qu’il demande de l’aide. On faisait les premiers pas, quitte à faire le forcing. Il avait tort, probablement…

C’était comme ça sa solitude. Étranger sur la terre, étranger à soi-même et aux autres…

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réflexion légère sur l’ambivalence de l’amour, la jalousie …. et des livres

Edvard Munch

Edvard Munch

On ne va pas se leurrer. Un des premiers sentiments éprouvés quand on tombe amoureux est la jalousie. Et la honte. Parce que être jaloux c’est admettre que l’on manque de confiance en soi et en l’autre. C’est un drôle de sentiment. Drôle dans ses deux sens: comique et étrange. On fait des choses bêtes quand on est jaloux. On devient suspicieux, on cherche à se convaincre qu’on a tort, on soupçonne l’ex de vouloir le "reprendre", on se méfie des autres, de la copine trop tactile, de la meilleure amie qui veut rester celle qui le connait le mieux. Et malgré les papillons dans le ventre, les sensations d’élation et d’euphorie, il y a une part de nous plus obscure, plus difficile à accepter parce que moins noble. Et rien ne va plus…

Il y a une étrange filiation entre la littérature et la jalousie. La jalousie est verbeuse. Elle se gave du langage. Elle est hyperbolique, elle devient de plus en plus grasse avec chaque expression qu’elle utilise. C’est délicieux pour tout écrivain et tout lecteur qui aime les émotions fortes et les déclamations. Le littéraire jaloux aime ces sentiments obscurs, aussi étrangers que familiers, cette viscosité intérieure du sujet, ce tourment qui ne doit pas être laissé à lui-même. Ce lecteur là aime se promener sur cette la frontière entre la chose qu’il craint et la chose qu’il désire.

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porter l’éléphant

Je vais vous parler de Michael Rosen et de ses livres. Michael Rosen est un poète et un auteur pour enfant, anglais, né d’un père d’origine américaine et d’une mère anglaise. Les grand-parents étaient issus de familles juives de Russie, Pologne et Roumanie. Il a de cette culture bigarrée, un humour subtil et absurde, une dignité incroyable et une mélancolie à fleur de peau.

Il y a quelques années de cela, Rosen a perdu son fils agé de 18 ans d’une méningite. Sa mort l’a plongé dans la dépression ce qui ne l’a pas empeché d’écrire deux livres formidables:

Carrying the Elephant: A Memoir of Love and Loss et Quand je suis triste.

Le premier n’est pas traduit en français, ce qui est dommage. Porter l’éléphant est tiré d’une carte postale ancienne que Rosen a acheté en France après la mort de son fils: "C’était moi sur cette image, je portais l’éléphant". Si vous lisez l’anglais je ne peux que vous conseiller de lire ce recueil de poésie.

Le second est un album pour les enfants. Pour expliquer ce qu’est la tristesse. Pour la respecter mais aussi la dédramatiser. Pour la rendre accessible.

Rosen-Blake

Ça commence par une image très drôle de Michael Rosen dessinée par Quentin Blake. Il a un sourire très drôle, sur un visage très drôle.

Quentin Blake

Quentin Blake

Bien sûr, on sourit nous aussi, jusqu’à la lecture de ces quelques mots:

Sur cette photo, je suis triste. Vous pourriez croire que je suis heureux. En vérité, je suis triste, mais je fais semblant d’être heureux. Je fais semblant parce que je crois qu’on ne m’aimera pas si j’ai l’air triste. Lire la suite

réflexion légère sur le moment présent, cinq livres et une chanson…

C’est la nouvelle année, les cartes de voeux, les e-mails reçus toute cette semaine me le confirment. Un nouveau départ semble tout à coup possible. Et ce fantasme de repartir de zéro – de rencontrer de nouvelles personnes, de changer d’endroit et pourquoi pas de vie. Une vie comme une vieille voiture de caractère, abimée, un peu cabossée, avec la peinture délavée, la carosserie rayée et les fenêtres qui bloquent. Et l’envie d’en changer même si elle roule encore.

Le fantasme de recommencer est universel. Les mots les plus puissants dans le lexique des publicitaires sont "Nouveau!" et "Amélioré!". On parle de detox, de purification, de régime comme si tout cela pouvait régénérer nos organes, os et muscles.

Je me demande si on peut aussi regénérer sa vie, ses amours et ses emmerdes. Est-ce qu’on peut vraiment leur donner un nouveau départ? Ou est-ce que tout est seulement une inflexion sur un modèle existant depuis longtemps? Je ne sais pas.

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l’amour est déclaré

C’est le livre de Nicolas Rey qu’une copine m’a passé. Elle voulait savoir ce que j’allais en dire, moi qui aime les romans d’amour. Mais quelle idée!

Mes amis, je vous présente le Rey. Ce qu’il y a de formidable chez le Rey, c’est qu’on s’attache. Physiquement, on ne peut pas dire que ce soit totalement ça mais on s’attache. Artistiquement, son oeuvre n’est pas fondamentale à la survie de l’espèce mais on s’attache. Intellectuellement, il suffit de passer trente minutes avec ses parents pour comprendre les limites de notre homme à la hanche en céramique. Et pourtant, c’est plus fort que nous, avec le Rey, on s’attache.

Ben non. On ne s’attache pas. On s’en fout de ce mec qui a pris de la coke, qui avait ses entrées aux Bains, qui sortait avec des belles filles, qui est devenu alcoolique, qui a tout perdu, sauf les potes célèbres et qui a gagné une amoureuse, fille d’un acteur célèbre. On ne s’attache pas à un mec qui parle des sodomies pratiquées sur son amoureuse, du nombre de fois dans la journée, et du reste. Je pourrais citer des passages beaucoup plus crûs mais je n’ai pas envie que cet article reçoive plus de visiteurs que d’habitude guidés par un algorythme googlien. On ne s’attache pas à un mec qui, parce qu’il se croit amoureux, en fait un livre dégoulinant de fausse provocation.

Parce que ce n’est pas en employant des mots comme "sucer", "bite" et "mouiller" qu’on est un bon auteur. Ce n’est pas en la jouant pseudo intello bobo qu’on devient Woody Allen. Ce n’est pas en écrivant à tout bout de page qu’on est amoureux, qu’on parle bien de l’amour. A croire qu’il cherche à s’en convaincre lui même. "J’ai une amoureuse qui me laisse lui faire ce que je veux et qui est jeune et qui est libérée, faut que j’écrive un livre sur ça! C’est porteur l’amour!"

Il est des femmes qui ont inspiré des chansons magnifiques et touchantes, des beaux romans émouvants ou plus érotiques. Il est des muses que l’on voudrait connaître ou même être tant l’amour ou la passion qu’elles provoquent est rendu beau sur le papier. Et il est des femmes qui inspirent des livres vulgaires, bêtes et sans aucun style. Et on se dit que la vie n’est pas si injuste…